Apres de nombreuses réticences et beaucoup de questionnements, je me suis finalement decidée à visiter les mines de Potosi pour me forger ma propre opinion. Attraction touristique, voyeurisme, experience enrichissante, beaucoup d´opinions divergeaient, j´ai pense que le mieux etait encore d´aller voir de mes propres yeux.
Temperature insupportable, sueurs froides, manque d oxygene, quantite incroyable de poussiere, odeurs toxiques, couloirs etroits, la visite est loin d etre une partie de plaisir.
Mieux vaut ne pas etre claustrophobe ou asthmatique pour aller s aventurer dans ces tunnels.
Apres une heure passee dans les mines, mon corps a decide de m abandonner, j imagine a cause du manque d oxygene. Aucune angoisse, ni aucune peur et pourtant, je suis a 2 doigts de tomber dans les pommes, j ai les mains qui tremblent, je deviens presque sourde, et ayant peur que la situation ne s empire et que les mineurs se retrouvent avec un corps inerte sur les bras, je demande a faire marche arriere.
A la sortie de la mine, je fonds en larmes (ce qui ne m´etait pas arrivee depuis un bon moment), impossible de parler pendant plus d´une heure, surplus d´emotions, indignations face a l´enfer des mines mais aussi joies de pouvoir enfin respirer a l´air libre.
Le matin, des l´arrivee des mineurs sur leur lieu de travail vers 9h, le rituel est de se coincer plusieurs feuilles de coca, une par une, entre la joue et la gencive. Stimulant et coupe faim, la Coca leur permet de tenir jusqu au soir.
Les methodes de travail n ont pas change depuis des siecles, tout est manuel, barre a mine, marteau, burin et surtout une force mentale colossale plus qu´indispensable.
La montagne est plus ou moins virtuellement divisee en cooperatives privees. Dans ce cas la, les mineurs sont payes en fonction de la productivite. D´autres mines appartiennent au gouvernement.
Vers 17h, la journee de travail se terminent pour quelques mineurs, ils sortent au compte goutte de cet enfer pour enfin voir la lumiere du jour. Visages uses et marques par l effort, deformes par les dizaines de feuilles de coca qu ils se glissent sous la joue, dentition incomplete et gencives sanglantes. Impossible de leur donner un age. Certains semblent avoir a peine 16 ans, d autres presque 60. Et pourtant, malgre leur dure vie, la plupart ont le sourire.
Infections pulmonaires, diarrhees, silicose, infections occulaires, la liste est encore longue et l esperance de vie des mineurs est serieusement amputee a partir du jour ou ils commencent a travailler dans les mines. La plupart d´entres eux travaillent aux mines car ils n´ont pas d´autres opportunites d´emploi, mais il faut savoir que les traditions sont tres presentes dans ce milieu, et certains d´entres eux ne se voient pas changer de metier.
Face a ce cauchemar et a ces conditions de travail digne du Moyen Age, quelle attitude adopter et comment reagir en tant que petite occidentale qui a paye son ticket d entree et qui vient gentiment passer 2 h en compagnie des mineurs ?
Ne pas y aller, boycotter les visites, faire l autruche, se voiler la face et ignorer ce genre d activite ou continuer a pereniser ces excursions ? Ces tours sont effectivement devenus une veritable institution a Potosi. Si l on en croit les agences, nombreuses d entres elles reversent 15 pour cent du prix de la visite aux mineurs. Verite ou mensonge ? Difficile de verifier.
De nombreux anciens mineurs sont devenus guides, c est en quelque sorte pour eux une opportunite d ameliorer leurs conditions de vie.
Tres responsables, sympathiques et surtout tres interessants, il y en a toujours un pour faire une blague et dedramatiser la situation.
Avec plus de recul maintenant et apres l avoir fait, je ne pense pas que ca soit du voyeurisme.
C est juste realiser et se rendre compte de ce que peuvent etre des conditions de travail aussi difficiles, apporter quelques presents et s´interesser.
Au final, je ne regrette pas. Ces visites sont pour les mineurs, l occasion d un sourire, d un partage et de compassion.
En France, on visite bien des rhumeries, des caves a vin, des fermes pour voir comment sont fabriquer les fromages de chevre, et bien a Potossi, ce sont les mines et les raffineries de mineraux. Juste un autre monde et pourtant a la meme epoque.
Potossi a ete a l´epoque coloniale, une des villes les plus riches de l´Amerique du Sud, grace a la quantite incroyable d´argent pur extrait des mines. Mais cette richesse masque aussi une histoire tragique : pres de 8 millions de personnes (esclaves venus d´Afrique, mineurs) ont perit dans ces montagnes dans d´atroces conditions.
En se balladant et en se perdant dans les rues tres colorees de Potossi, les vestiges de l´empire colonial sont bien presents au niveau architectural.
Seul petit souci, a la moindre cote je suis essouflee, on est a 4090 m, Potossi est la ville de plus de 100 000 habitants la plus haute du monde. Apres une partie de foot improvisee c est encore pire, 10 minutes pour reprendre mon souffle !
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